Visionnage: Valérian et la Cité des Mille Planètes, Luc Besson

C’est une sortie en famille qui m’a conduite en salle pour ce film, je ne l’aurais sans doute pas choisi de moi-même, mais j’étais plutôt enthousiaste, car je suis assez friande de science-fiction.

affich_40504_3

J’ai beaucoup aimé la toute première séquence du film, qui fait défiler les différentes époques de la conquête spatiale, où la fiction se mêle à la réalité jusqu’à nous mener à la période où ce déroule le film, quelques siècles après notre ère.

Le reste du film s’est malheureusement révélé décevant: rien d’orignal, rien qui ne sorte de l’ordinaire, voilà un film de SF bien plat et sans goût.

Je ne connais pas la BD originale, j’ignore donc si c’est un défaut qui s’y trouve déjà, mais le personnage de Valérian, tombeur imbu de lui-même et insupportable, m’a fait lever les yeux au ciel dès sa première apparition. La séquence d’introduction des personnages, sur une plage paradisiaque, est pleine de sous-entendus sexuels aussi peu subtils qu’intéressants, et il est difficile de voir dans le personnage de Laureline autre chose qu’un eye-candy.

Puisque je la mentionne, je me pose la question de son effacement du titre: il s’agissait bien d’adapter Valérian et Laureline, non? Je me demande bien pourquoi elle a été évincée de la tête d’affiche… 

Ceci est un spoiler, ne lisez pas le paragraphe qui suit si vous souhaitez voir le film et garder la surprise (encore que, vu le manque d’originalité du tout, il est difficile de se faire surprendre…)

SPOILER ON

Que dire du personnage de Bubble, incarné par Rihanna, qui apparaît dans une séquence de danse (encore une fois, le personnage féminin est introduit par le détail de son corps, existe seulement en tant que corps, donc en tant qu’objet, dans les premières minutes de sa vie à l’écran, ), un des seul personnage non-blanc du film, qui meurt dans les minutes suivant son apparition lors d’une séquence tellement fake qu’on en pleurerait plus de dégoût que d’émotion. Une mort tout à fait inutile, qui donne simplement le sentiment que ce personnage n’a pas le droit d’exister dans le film. Métaphoriquement c’est un propos assez grave.

SPOILER OFF

Entre sexisme, racisme et pauvreté du scénario, je ne vois aucun élément salvateur pour Valérian. Passez votre chemin si vous cherchez un bon film, ça n’est même pas un bon divertissement.

Publicités

Visionnage: Dunkerke, Christopher Nolan

Je n’aime pas les films de guerre. Je n’en ai vu que très peu, et cela m’a suffit: tire-larmes, glorificateurs de violence, propos nationalistes… Je n’ai jusque là jamais vu un film de guerre qui m’ait intéressée, et je suis allée voir Dunkerque en espérant qu’il dérogerait à la règle puisqu’il a été réalisé par Nolan: il m’avait déjà impressionnée avec Interstellar, dont j’avais particulièrement apprécié la première partie du film, qui montrait une apocalypse lente et silencieuse. J’ai retrouvé dans Dunkerque ce qui m’a plu dans Interstellar: une ambiance parfaitement rendue, et des personnages très humains, avec lesquels l’empathie est spontanée.

affich_47309_2

Ce film est étouffant, dès les premières minutes: entre la musique, les personnages peu causants et la manière de filmer, tout y est pour faire peser une chape de plomb sur la poitrine, qui ne se relèvera pas de tout le film. Les images sont trompeuses: un grand ciel bleu et l’océan nous accueillent, mais, plutôt que de nous offrir une perspective, un peu d’air dans l’image, ils créent un fond uniforme, qui nous enferme dans le cadre, ne nous offre aucune échappatoire: métaphoriquement, c’est déjà très réussi.

On est loin ici de la glorification de la guerre, des discours sur « la bonne cause », sur la nécessité de se battre: les personnages ne sont pas des héros prêts à se sacrifier, mais des jeunes hommes, qui parfois ont l’air si jeune qu’on les qualifierait presque de garçons, en proie à une souffrance extrême, à la peur, et qui ne cherchent qu’à survivre. La question la plus importante du film me semble être celle de l’humanité, de la compassion, et des blessures à l’âme qu’inflige une violence incessante.

J’étais soulagée de sortir de la salle: la chape de plomb s’était enfin levée, après une heure et demi dans le noir dans un état de tension extrême, à respirer difficilement. C’était une expérience, que je ne peux que vous encourager à aller vivre en salle.

Lecture: Le Chagrin du Roi Mort, Jean-Claude Mourlevat

Je ne connaissais pas l’auteur, mais la couverture m’a attirée, la quatrième de couverture m’a intriguée, c’était assez pour me tenter. Ce livre n’aura pas traîné longtemps dans ma pile à lire, fait suffisamment rare pour être souligné.

couv60239512

J’ai eu le sentiment d’avoir affaire à un joli conte: l’écriture est poétique, le rythme particulier des phrases est plaisant. Les divers traits d’humour fonctionnent plutôt bien, ils ne tombent pas à plat et contribuent à créer une ambiance assez plaisante.

Malgré tout, je ne suis jamais vraiment rentrée dans cette lecture: je ne me suis pas sentie happée, investie; les événements se déroulaient sous mes yeux dans une indifférence presque totale. Je m’ennuyais. J’en suis la première désolée, car je vois le potentiel de cette lecture, mais je suis complètement restée en dehors. De plus, quelques points m’ont gênée.

D’abord,une scène, vers le début du roman, m’a déplu: il s’agit d’une scène où Louve et Guerolf, les antagonistes (pour ne pas dire « les méchants »), fomentent un plan dont je vous tairait les tenants et aboutissants: ils sont très proches physiquement, la scène est décrite de manière assez sensuelle, on peut y percevoir une tension sexuelle, celle-ci n’est pas masquée. Vous allez me dire, pourquoi pas. Certes, mais cette association d’idée entre personnage « méchant » et sexualité est loin d’être nouvelle et contribue à une diabolisation des choses du sexe qui n’est pas souhaitable.

Le personnage de Lia, une autre femme qui apparaît, elle, environ au deux-tiers du roman, m’a aussi posé problème: en effet, elle est directement associée à l’idée de douceur, de sensibilité, ce qui m’a donné le sentiment assez déplaisant d’une essentialisation des femmes. Comme une dualité entre la prostituée Louve et la sainte Lia (Je tiens à préciser que, plus tard dans le roman, le personnage de Lia fait montre d’autres qualités qui ne sont pas considérées comme essentiellement féminines, mais le fait qu’elle soit introduite comme « la douceur au milieu de la violence de la guerre » me pose quand même problème).

J’ai fini par abandonner cette lecture, tout simplement parce qu’elle n’a pas réussi à m’intéresser. Cela dit, je pense que ça peut être un joli conte, même si certains partis pris méritent d’être remis en question.

Lecture: Lettre ouverte aux animaux et à ceux qui les aiment, Frédéric Lenoir

Je ne connaissais rien de Frédéric Lenoir avant de tomber par hasard sur ce livre, entouré de ses autres ouvrages sur une table de librairie. Intriguée plus par le sujet que par l’auteur, je me suis lancée dans cette lecture avec envie, m’attendant, de la part de quelqu’un qui se présente comme philosophe, à une vision et des idées particulièrement fortes et pertinentes sur la question du droit des animaux.

couv39389489

Le principal point positif que je vois à cette lecture est la quantité de citations d’autres auteurs et philosophes sur le sujet du droit des animaux: cela ancre le propos dans une histoire de la pensée sur le sujet, montre à quel point le débat concernant les animaux et leur statut est une question ancienne, qui a fait réfléchir depuis déjà de nombreuses décennies.

Le livre est court, l’écriture simple à lire, ce qui en fait une lecture rapide, sans difficulté particulière. Néanmoins, le ton un peu trop paternel, voire paternaliste de cette lettre ouverte peut la rendre pénible.

En effet, la formule récurrente « mes chers animaux » et l’adresse directe à ceux-ci, associée à un ton qui se veut bienveillant mais qui finit souvent par être infantilisant, est désagréable pour le lecteur, et me pose problème d’un point de vue éthique, puisque, s’il est question de ne plus voir les animaux en êtres inférieurs mais en êtres égaux, rien ne peut justifier qu’on leur parle comme s’ils n’étaient pas du même niveau intellectuel.

Cela dit, le principal problème que m’a posé ce livre n’est pas un problème de style: l’auteur, dans son argumentation, critique férocement les pratiques d’élevage intensif, et en vient à proposer la création d’un label « viande éthique ». Cette idée détruit pour moi tous les arguments potentiellement pertinents qui ont pu être proposés: en suggérant qu’une « viande éthique » est possible, il en revient à soutenir le fait qu’il est acceptable de tuer des animaux pour les manger dans une situation de non-nécessité, donc l’infériorité supposé des animaux par rapport aux hommes.

La « viande éthique » est impossible car elle nécessite la mise à mort d’animaux qui ont été élevés (donc mis au monde pour être tués), et ce dans n’importe quel élevage, qu’il soit intensif ou non. Là où il y a consommation de viande sans nécessité (car possibilité d’accès à d’autres sources de nourriture, sans privation de l’humain), il y a un problème éthique, un problème moral qui se pose. Il me semble que Frédéric Lenoir n’a pas bien saisi cette question, et son livre me paraît être au mieux un état des lieux d’une réflexion personnelle inaboutie, au pire un simple moyen de surfer sur la vague de « popularité » de la question animale. Dans tous les cas, c’est une lecture que je ne recommanderais pas.